Publicité mensongère lors de l’inauguration de la résidence Mandela

IMG_6573 - Copie (Copier)Ce mercredi 11 septembre les autorités de L’Université Libre de Bruxelles (ULB) inaugure la résidence Mandela qui avait fermée pour un an afin d’être rénovée. Le fait d’organiser cette cérémonie la veille de « la journée d’accueil des nouveaux étudiants » et d’inviter la presse n’est pas anodin. Le but de cette cérémonie est bel et bien de présenter au public via la presse « une résidence qui accueillera 240 étudiants dans une situation de confort optimal …». En d’autres mots de faire la publicité de l’ULB. Or cette action de « social-watching » de l’ULB ne trompera personne.

Dès lors, pour les plus crédules, voici mis en lumière le vrai contexte de cette rénovation que les autorités omettent outrageusement :

Rappelons tout d’abord que la façon dont les autorités de l’ULB ont décidé d’organiser la rénovation de la résidence est loin d’avoir fait l’unanimité au sein de la communauté estudiantine (1) les autorités ont choisi de pratiquer une emphytéose cédant pour 25 ans la propriété de la résidence à la société privée Cofinimmo. En échange celle-ci devra assurer les frais de gestion et de rénovation du bâtiment. Bien entendu les étudiant-e-s conscient-e-s que Cofinimmo n’est pas un mécène philanthrope mais une société privée dont le but est de faire du profit, craignaient de voir le loyer augmenter. Et ce à juste titre puisque c’est ce qui s’est finalement produit (2)! Face à cette inquiétude, les autorités avaient tenté de rassurer les étudiants. En même temps, elles disaient qu’elles n’avaient pas le choix étant donné la mauvaise situation budgétaire de l’ULB. Ainsi, selon les autorités, l’emphytéose était l’unique solution viable car la moins chère. Le problème : aucune étude sérieuse n’a évalué les solutions alternatives (partenariats public-public, emprunt bancaire garanti par l’état, etc.) proposées par les étudiants. Comment les autorités ont pu savoir qu’une emphytéose serait la meilleure solution ? Pourquoi les autorités ont-elles insisté pour que cette solution soit appliquée ? Ces questions sont restées sans réponse. Nous avons en tout cas de sérieux doutes quant au fait que les responsables aient fait ce choix dans le but d’agir dans l’intérêt des étudiant-e-s.

Ces doutes sont d’autant plus justifiés lorsqu’on analyse la façon dont les autorités ont mené les discussions et le vote de leur proposition au sein des instances (la Commission des affaires sociales – CASE – et le Conseil d’administration – CA ) de l’ULB. En effet, les autorités avaient rendu certaines parties du dossier confidentielles… De plus, les autorités n’ont pas hésité à « saucissonner » le dossier en faisant voter à des dates différentes chaque partie de la décision. Ceci a eut pour effet de rendre plus difficile la mobilisation des étudiant-e-s. Tandis que ceux-ci demandaient de ne pas pratiquer cette emphytéose avant qu’une solution alternative n’ait été sérieusement envisagée, ils auraient dû se rendre devant le CA chaque fois qu’une partie du dossier allait être votée tout en étant pas toujours au courant du moment à laquelle les différentes parties du dossier passeraient, ni leur contenu. On peut dès lors se demander si ce n’était pas le but des autorité, puisqu’aucune autre raison ne justifiait un tel cloisonnement du dossier.

Nous voyons dans la façon dont les autorités ont géré ce dossier les germes du tournant autoritaire que prend notre université (3).

Rappelons aussi qu’avant la rénovation, la résidence Mandela rapportait des bénéfices à L’ULB. En donnant l’argent que rapporte l’exploitation de cette résidence, l’ULB se prive d’une source non négligeable de revenus. Ce qui sur le long terme va lui coûter bien plus cher que le prix de la rénovation du bâtiment.

Mais ce n’est pas tout. Afin de rendre le contrat plus intéressant pour Cofinimmo, l’ULB a aussi décidé de mettre sous emphytéose la résidence Lucia De Brouckère, une autre résidence presque neuve qui ne nécessitait pas de rénovation et qui était aussi bénéficiaire. En se privant de ces deux sources de revenus, la situation budgétaire ne fera que s’aggraver fournissant ainsi aux autorités le prétexte pour mettre sous emphytéose d’autres résidences et pour prolonger pour encore 25 ans les emphytéoses déjà mises en place. Ce qui n’est officiellement qu’une emphytéose se transformera vite en une privatisation pure et simple…

Quant au fait que la marge de manœuvre de l’ULB soit limitée, nous pouvons le concevoir. Nous sommes conscients que la situation financière de l’ULB est mauvaise. Comme nous le rappelons chaque année, celle-ci provient en partie, tout du moins, du sous financement maintenant chronique de l’enseignement. Toutefois, les autorités sont aussi les acteurs de ce gouffre financier. En effet, les politiques menées par l’ULB en termes d’investissement ont creusé sa dette. A contrario, cette situation a permis aux autorités de diminuer leurs investissements sociaux et pour le bien-être des étudiant-e-s.

Nous ne comprenons vraiment pas pourquoi les autorités ne font rien pour remédier à cette situation. Certes, les autorités font des déclarations de principes où elles demandent un refinancement de l’enseignement, mais leurs actions vont dans un tout autre sens. Si les autorités agissaient vraiment pour obtenir ce refinancement elles n’auraient pas gracieusement invité lors de la rentrée 2012-2013 Messieurs E. Di Rupo et J.-C. Marcourt, qui sont les responsables des mesures d’austérité dans l’enseignement. Elles n’auraient pas, non plus, ouvert leurs portes au Parti Socialiste pour son congrès 2013, alors qu’il a toujours été présent dans tous les gouvernements de l’ex-Communauté Française qui ont mené à la situation actuelle dans l’enseignement.
De plus, en mettant sous emphytéose ses résidences, l’ULB envoie un très mauvais message aux responsables politiques : les autorités acceptent implicitement la situation de sous-financement pour gérer notre université avec des moyens totalement insuffisants.

Nous attendons donc des autorités universitaires qu’elles agissent enfin dans l’intérêt des étudiant-e-s et non en raison du fatalisme, et encore moins en fonction de leurs affinités politiques ou de leurs relations personnelles. Nous exigeons que les autorités arrêtent immédiatement tout nouveau projet d’emphytéose des résidences universitaires. Tandis que les recteurs continuent à répéter en chaque début d’année leur malheur du « sous-financement de l’enseignement », nous demandons aux autorités universitaires de prendre leurs responsabilités et de soutenir concrètement les étudiant-e-s qui luttent pour obtenir enfin un refinancement à hauteur minimum de 7% du PIB de l’enseignement supérieur.

Néanmoins, il ne faut pas regarder uniquement l’arbre qui cache la forêt. C’est pourquoi, une réorientation profonde de la gestion des universités (et plus généralement de l’enseignement) est cruellement nécessaire. Cela concerne, notamment, les priorités sur lesquelles le budget des universités doit être dépensé !

IMG_6592 - Copie (Copier)

(1) Comme le montre les nombreuses mobilisations et la pétition qui a rassemblé 2500 signatures appelant à l’arrêt des emphytéoses des logements universitaires.
(2) Le loyers est passé de 250 euros en 2011-2012 à 338,18 euros en 2013-2014.
(3) Qui s’illustre aussi notamment via le nouveau règlement d’affichage et la réforme des statuts du conseil d’administration

 

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